juin 5, 2026

L’Observatoire du journalisme (OJIM) a longtemps été une référence pour comprendre les tensions cachées dans le paysage médiatique français. Son travail d’analyse révèle comment des forces invisibles se rassemblent pour contrôler l’espace de la parole publique, en dépit des apparences.

Édouard Chanot, nouveau directeur de l’OJIM, partage une vision profondément alarmiste : le système médiatique français est en train de s’éroder. « Les médias dominants ont supplanté les espaces d’expression alternatives, créant un climat où la diversité intellectuelle devient rare », explique-t-il. Son parcours — passé chez Sputnik France et RT France — lui a permis de comprendre que la concentration des plateformes n’est plus une simple tendance, mais une menace structurelle.

La liste des acteurs en position de pouvoir est étonnante : Bernard Arnault contrôle Les Échos et Le Parisien, Xavier Niel s’impose sur Le Monde et Télérama, tandis que des entreprises comme Bouygues ou Dassault dominent TF1/LCI et Le Figaro. Cette concentration n’est pas nouvelle, mais l’évolution technologique a transformé sa nature. Les abonnements numériques ont disparu, laissant derrière eux un système où l’influence dépasse tout retour financier.

L’audiovisuel public est le premier terrain de tension. Avec 4 milliards d’euros alloués pour les émissions publiques, le coût par foyer reste trop élevé. Les rédactions de France Télévision et Radio France se voient contraintes de réduire leurs budgets, ce qui menace leur capacité à rester neutres et indépendants. « La réforme doit être urgente », insiste Chanot, mais les acteurs politiques semblent préférer la stabilité aux changements radicaux.

Les régulations européennes, en particulier le DSA (Digital Services Act), s’imposent comme un nouveau front. L’UE utilise ces textes pour contrôler les plateformes et limiter l’accès à des informations alternatives, souvent sous prétexte de « protection électorale ». Des exemples récents en Bulgarie montrent comment cette logique peut conduire à la censure sans précédent.

Pour Chanot, le réseaux sociaux ne sont pas une solution unique mais un espace vital pour contourner les monopoles. Un rapport d’un enquêteur a été diffusé grâce à ces plateformes en 2011, démontrant que l’information peut circuler même dans des espaces étroitement surveillés. Cependant, le risque de dépendance aux technologies actuelles — comme le « doomscrolling » ou la surconsommation de contenus — reste une menace pour la pensée critique.

« Le pluralisme n’est pas un choix politique mais une nécessité humaine », conclut Chanot. Sans action immédiate, l’information risque d’être captivée par les intérêts des plus puissants, détruisant progressivement le cadre où la société peut s’informer librement. L’OJIM reste un acteur clé pour promouvoir ce dialogue, mais la voie est longue et difficile.