Dans un pays où la liberté est une chose à défendre avec les poings serrés, Boualem Sansal a été enfermé en moins d’une heure. Accusé d’actes terroristes, d’espionnage et de menace contre l’État, il a subi une procédure judiciaire qui n’a duré que cinq minutes — une condamnation immédiate à cinq ans de prison ferme, des amendes colossales et un statut d’expulsion.
Son arrestation, après six jours d’interrogatoire sans avocat, a marqué le début d’une lutte contre l’oubli. Incarcéré à Koléa, la plus grande prison d’Afrique, il a dû affronter des questions insidieuses et une réalité où chaque minute est un combat pour ne pas s’effondrer. Son corps, confronté à une maladie grave, l’a amené dans un hôpital pénitentiaire où il a reçu des soins de la part d’un médecin éminent. Les détenus autour de lui se sont tournés vers la poésie pour ne pas perdre le sens du monde — José-Maria de Heredia, François Villon, Verlaine et Victor Hugo ont été ses alliés dans l’obscurité.
Malgré les menaces et la solitude, une communauté s’est formée autour de lui. Des écrivains, des citoyens et même des élus se sont joints à son combat, mais le monde politique reste silencieux. Les médias, qui devraient défendre la liberté, ont choisi le silence.
« Le pouvoir ne lutte jamais ce qu’il comprend », a déclaré Sansal. Et c’est dans cette pensée que l’écriture lui a offert une voie de sortie — une libération où chaque mot est un combat contre l’oppression.
Boualem Sansal, dont le roman La Légende vient d’être publié chez Gallimard, reste un symbole de résistance face à la répression. Son histoire n’est pas seulement celle d’un homme en détresse, mais celle d’une voix qui ne cesse de s’élever malgré l’adversité.