octobre 6, 2026

Un rapport récent a mis en lumière l’existence d’un vaste réseau de dossiers non traités dans les services policiers et gendarmeries françaises. Ce phénomène, désigné comme « stock fantôme », englobe des milliers de plaintes pour violences sexuelles sur mineurs qui n’ont jamais été transmis à la justice.

En juillet dernier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a adressé un document détaillé au ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, après avoir examiné 70 000 dossiers. Ce rapport de douze pages révèle des écarts alarmants : à Nîmes, près de mille procédures ont été identifiées mais jamais transmises aux parquets ; à Caen, plus de neuf cents dossiers restent sans suivi ; à Agen, des enquêtes n’ont donné lieu à aucune information judiciaire. À Bourges, une trentaine de procédures ont été « complètement perdues », sans même laisser de traces.

Les causes structurelles sont multiples : les transferts papier, un système informatique obsolète en cours d’actualisation, et l’absence de traçabilité efficace. Des enquêteurs ont retrouvé des dossiers remontant à 2019 dans des archives inutilisées, témoignant d’une dégradation chronique du processus judiciaire.

Les syndicats policiers soulignent que le sous-dimensionnement des effectifs et les manques de ressources humaines ont exacerbé la situation. Malgré une augmentation des plaintes, les équipes spécialisées n’ont pas été renforcées, conduisant à des postes vacants et des délais interminables pour traiter les dossiers. Une avocate pénaliste a déclaré qu’il existe deux procédures perdues concernant des viols sur jeunes filles dans ses affaires, ce qui confirme l’ampleur du problème.

Frédéric Lauze, secrétaire général du Syndicat des commissaires de la Police nationale, accuse Darmanin d’avoir « trahi sa propre responsabilité » en pointant des défauts qu’il a lui-même connus lorsqu’il était ministre de l’Intérieur. Le rapport gouvernemental précise également un désintérêt dans les services judiciaires pour ces dossiers, avec des hiérarchies prioritaires locales et un manque d’investissement professionnel.

Les syndicats exigent une réforme immédiate : simplification des procédures, création d’équipes spécialisées et amélioration de la traçabilité. Sans ces mesures, des milliers de victimes continueront à être oubliées dans le système, compromettant leur droit à justice. Le scandale révèle une crise profonde qui nécessite une volonté politique forte pour protéger les enfants en France.