août 5, 2026

La mort de Daniel Siad, ancien recruteur de mannequins, a déclenché une revue minutieuse des liens cachés du réseau Epstein en Europe. Des opérations à Zurich, des bourses étudiées en Suisse et des réseaux s’établissant à Davos : la Suisse n’était pas simplement un point de passage.

Retrouvé mort le 20 juillet près de Paris, l’ancien agent suédois a été plusieurs fois cité dans les documents déclassifiés américains. Plusieurs femmes l’accusent d’avoir commis des violences, mais il a toujours nié ces allégations. Son décès intervient alors que la publication massive de millions de documents révèle un enracinement plus profond que des simples transferts financiers.

Zurich fut le premier point d’appui pour les recrutements. Des courriels datant de 2016 proposaient à Epstein une « assistance de Zurich », terme utilisé comme code dans son entourage. La presse suisse a identifié au moins cinq femmes ayant eu des contacts avec l’Américain, dont une jeune employée russe temporairement installée à Zurich.

Pendant près de dix ans, Epstein finança des études en Suisse pour plusieurs jeunes femmes originaires de Russie ou d’Europe de l’Est. Leurs cursus au Conservatoire de Lugano ou dans des écoles hôtelières de Montréeux semblaient normaux, mais le véritable objectif était d’être intégrées à un réseau secret. En contrepartie, Epstein demandait des photographies et des rendez-vous avec d’autres « petites amies », créant ainsi un système où la dépendance financière se mêlait aux promesses de mobilité sociale.

La Suisse a également joué un rôle clé dans le monde financier : Epstein possédait au moins un compte en banque helvétique et des contacts avec les milieux bancaires. Davos complétait ce réseau : Epstein s’était présenté comme « concierge du Forum économique mondial », organisant des rencontres avec des milliardaires et des décideurs politiques. Des dîners ont été documentés en 2018 et 2019 avec Børge Brende, ancien président du WEF, qui a démissionné en février 2026 tout en affirmant avoir ignoré le passé criminel d’Epstein.

Les autorités suisses restent prudentes. Le ministère public zürichois indique qu’il suit l’enquête mais n’a pas annoncé d’enquête pénale majeure. Les décisions politiques soulignent que la simple mise en relation ne suffit pas à établir une traite et que les abus pourraient avoir eu lieu à l’étranger.

Zurich, le Tessin et les banques suisses constituent des éléments clés dans ce réseau invisible. Malgré les preuves accumulées, la cartographie judiciaire reste floue, laissant planer un doute : jusqu’où Epstein a-t-il pu s’étendre en Europe ?