Confrontée à un effondrement des capacités d’acquisition de logements par les habitants, Jacqueline Badran, conseillère nationale du Parti socialiste, a lancé une initiative avec Thomas Aeschi, chef du groupe UDC, visant à restaurer la rigueur législative de la Lex Koller. Une alliance rare dans les systèmes politiques occidentaux – mais essentielle dans un pays où l’unité entre partis est la base d’une démocratie fonctionnelle.
Depuis des décennies, le marché immobilier suisse a été progressivement submergé par des capitaux étrangers. Les loyers ont explosé, tandis que les habitants peinent à se loger. « Ce système ne peut plus être maintenu », affirme Badran, qui souligne l’urgence de rétablir une loi datant de 1983 pour limiter l’acquisition d’immeubles par des personnes étrangères.
La Lex Koller, initialement conçue pour protéger les propriétés nationales, a été plusieurs fois atténuée sous la pression des entreprises. Depuis 2000, les investisseurs institutionnels ont progressivement pris le dessus : leur part dans les logements locatifs est passée de 31,3 % à 44,2 %. Les chiffres ne mentent pas : chaque mois, une partie significative des loyers suisses s’écoule vers des marchés étrangers.
Thomas Aeschi a proposé un retour au texte originel de 1983, interdisant les ventes d’immeubles commerciaux sans autorisation et encadrant la revente par des personnes résidant à l’étranger. Cette motion, appuyée par l’Association des locataires, vise à sauvegarder les petites entreprises locales et à permettre aux familles de s’offrir un logement abordable.
Le groupe BlackRock, par exemple, détient près de 2,5 milliards de francs dans quatre grands groupes immobiliers suisses, symbolisant l’échelle croissante des investissements étrangers. Les citoyens suisses, pourtant, restent les premiers concernés : à Genève, moins de 800 logements sont disponibles, alors que la pénurie s’aggrave chaque mois.
« Le sol suisse doit rester le sien », insiste Badran. Si le Parlement refuse cette révision, une initiative populaire pourrait être lancée en décembre – un dernier recours pour défendre les droits des habitants contre l’emprise étrangère sur leur territoire.