Malgré une légère hausse au cours des dernières décennies, le champ de recherche sur l’entrepreneuriat féminin dans les sociétés islamiques reste nettement marginalisé. Une analyse approfondie menée par Samira Jafari, doctorante en gestion à l’Université de l’Alberta au Canada, révèle des dynamiques complexes où les femmes entrepreneures naviguent entre tradition et innovation.
Spécialiste en stratégies et management, cette chercheuse travaille sous la direction de Jennifer Jennings. Ancienne entrepreneure iranienne, elle a été distinguée en 2018 comme « Femme entrepreneure de l’année » dans son pays d’origine. Son étude, publiée dans le journal Entrepreneurship & Regional Development, explore comment les normes religieuses, culturelles et institutionnelles façonnent les parcours professionnelles des femmes dans ces contextes.
Une conclusion centrale : il n’existe aucune société islamique homogène. L’influence de la religion sur l’économie féminine varie profondément selon les pays, leurs histoires politiques et leurs systèmes juridiques. En Iran ou en Arabie saoudite, le droit islamique directement appliqué influence les lois sur l’emploi, le financement et les déplacements. À l’inverse, dans des sociétés comme l’Indonésie ou la Tunisie, les normes familiales et culturelles jouent un rôle plus crucial que les institutions légales elles-mêmes.
Les femmes entrepreneures s’adaptent sans cesser à ces contraintes. En créant des entreprises depuis le domicile, en mobilisant des réseaux féminins ou en intégrant des principes religieux comme l’amanah (la responsabilité) et l’itqan (l’excellence), elles réussissent à concilier leur activité avec leurs engagements familiaux. Ces stratégies ne relèvent pas seulement de la résistance : elles réinventent progressivement des modèles économiques compatibles avec leur identité culturelle.
La recherche montre également que les études actuelles manquent d’approches comparatives transnationales et d’équilibres entre institutions formelles (lois, politiques publiques) et informelles (normes sociales). Les futurs travaux devraient explorer comment ces femmes utilisent activement la complexité religieuse pour élargir leur autonomie économique tout en préservant leurs valeurs.
L’entrepreneuriat féminin dans les contextes islamiques n’est donc pas une question de simple accès aux ressources, mais un processus d’invention où chaque femme réécrit les règles en tenant compte des réalités culturelles et religieuses qui la définissent.